Ehu, le petit cheval de Ùa Huna – 2025 (Traduction française)
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Depuis toujours, Ùa Huna est connue pour la beauté de ses chevaux. On les voit brouter et galoper sur les hautes plaines desséchées de l’île.
À Ùa Huna, ils sont plus nombreux que les hommes.
Cet ouvrage leur rend hommage.
Je m’appelle Peikuà. Employé à l’aéroport, je m’occupe aussi des chevaux, comme mes aïeux avant moi. Je suis le petit-fils de Pekatini, éleveur reconnu du village de Vaipaee.
Avec affection, je l’appelle « Kooua », qui signifie grand-père en marquisien.
Notre famille vit avec les chevaux depuis très longtemps.
Parmi tous ceux que j’ai connus, Èhu fut mon préféré, celui que j’ai le plus aimé.
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Je ne peux pas l’expliquer aujourd’hui. C’est ainsi.
Je vais vous dire comment notre amitié s’est forgée.
Le dimanche, après le festival des arts de Hiva Òa, on remarqua qu’une jument blanche avait disparu de notre troupeau. Elle attendait un petit.
« Elle s’est mise à l’écart pour mettre bas », avait dit grand-père.
En effet, très tôt, avant le lever du soleil, un poulain vit le jour dans la vallée isolée de Manihina.
Mère et fils demeurèrent là, le temps de se reposer et de nouer les liens nécessaires à la survie du poulain.
Puis ils rejoignirent le troupeau en semi-liberté.
Juments, poulains, jeunes étalons et pouliches sont protégés par l’étalon dominant.
Quelques jours plus tard, grand-père, oncle Teani et moi sommes allés dans la vallée de Manihina, lieu de passage habituel de nos chevaux. (*)
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J’étais monté sur l’étalon noir de mon père.
Ce jour-là, je vis le poulain nouveau-né à la robe grise. Il se tenait près de sa mère. Son pelage était magnifique.
Oncle Teani s’écria :
« Il y a un autre poulain. Ici, il a la couleur de la terre : kaaea, couleur de terre. »
« Oui ! » répondit grand-père, « c’est le poulain de la jument ocre aux pattes blanches. »
« Ce seront de beaux petits étalons », dit encore oncle Teani.
Nous nous reposâmes, assis sur un alignement de pierres qui clôturait l’entrée d’une grotte.
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Grand-père secoua la tête, l’air triste :
« Quand j’étais enfant, ces lieux étaient encore bien conservés. Aujourd’hui, tout a disparu, tout est abîmé. »
« Plus haut, il y a une autre grotte », continua mon oncle.
« Elle abritait les ossements des ancêtres ainsi que des objets symboliques de la tribu. On avait peur de passer par là seul », m’expliqua-t-il.
« Nos ancêtres vivaient ici, puis ils quittèrent cet endroit, devenu trop vide et isolé », dit encore grand-père.
Comme pour le consoler, oncle Teani répliqua :
« Certains objets sont encore conservés dans les musées. »
« Cette vallée a été abandonnée et laissée aux chèvres et aux chevaux », se lamenta grand-père.
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J’appris plus tard que Manihina fut autrefois peuplée et animée. Les sites archéologiques l’attestent aujourd’hui.
Les places communautaires, les « tohua », et les plates-formes d’habitation, les « paepae », sont à l’abandon et envahies par la brousse.
Chèvres et chevaux broutent, piétinent et détériorent inexorablement la vallée, des hauteurs jusqu’au bord de mer.
De là, les animaux passent par la route qui relie les trois vallées encore habitées de l’île : Vaipaee, Hane et Hokatu.
Seuls les hommes peuvent limiter leurs déplacements à travers l’île.
Après cette rencontre, nous rentrâmes à la maison.
Je nommai le poulain gris Èhu pour sa couleur cendrée, et le petit au pelage ocre Metani, car un vent fort avait soufflé durant notre trajet vers Manihina.
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Les juments prenaient soin de leurs petits.
Repérer les coins d’herbe, trouver de l’eau, se déplacer sans se mettre en danger, ne pas trop s’éloigner de la harde : telle était l’école des poulains.
Èhu et Metani s’amusaient tout en apprenant à être autonomes.
Se nourrir, faire de courtes siestes, se moquer des pouliches, sautiller occupaient leurs journées.
La nuit, ils s’endormaient près de leurs mères.
Les chevaux dorment peu, car toujours en alerte. Ils passent le plus clair de leur temps à brouter. Ils aiment la vie en groupe. Domestiqués, ils deviennent de fidèles compagnons.
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Èhu était un poulain vif, à l’esprit curieux. Il voulait tout connaître et s’étonnait de voir les hommes sur le dos de ses congénères apprivoisés.
Les deux poulains mouraient d’envie d’aller explorer, loin de leurs mères.
Un jour, ils désobéirent et galopèrent jusqu’à la grande vallée de Vaipaee.
L’air embaumait le parfum des mangues mûres. Elles jonchaient le sol.
Ils se rassasiaient avec ce qu’ils trouvaient par terre. Quel délice !
Notre maison familiale était située de l’autre côté de la rivière.
Grand-père râpait le coco pour obtenir le lait destiné à préparer le « kaakū », la pâte de fruits à pain. C’était notre repas du jour, avec du poisson cru.
Notre chien aboya.
Les poulains s’arrêtèrent de manger et levèrent la tête.
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Je me trouvais dans la bananeraie et sortis pour voir.
C’était eux ! Èhu et Metani !
Vite, je pris une mangue et traversai la rivière, la main tendue, les invitant à venir manger.
Metani s’enfuit. Èhu, immobile, me toisa du regard.
Ma petite cousine Kuà, sortit de la maison, et s’écria :
« Cheval, petit cheval ! Suare, kaiū suare ! »
Èhu prit la fuite à ce moment-là.
« Tais-toi, Kuà, tu lui as fait peur. Et puis on ne dit pas suare, mais ihovare », dis-je.
Grand-père avait entendu et répliqua sèchement :
« Peikuà, ici à Ùa Huna, nous disons suare. Laisse ihovare pour Nuku Hiva. »
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Je ne répondis pas. Suare, hovare ou ihovare, c’est un cheval !
Èhu retrouva sa mère en chemin. Il avait oublié ses conseils : surtout ne pas s’approcher des lieux fréquentés par les hommes et éviter tout contact avec eux.
L’étalon, père de Èhu, avait été attrapé puis vendu sur l’île de Ùa Pou.
La jument, inconsolable, craignait le même sort pour son petit.
À cette époque-là, j’avais onze ans et j’allais à l’école primaire de Vaipaee.
Mes parents étaient séparés depuis deux ans.
Nous habitions à Taipivai, la grande vallée des Taipi sur l’île de Nuku Hiva, d’où est originaire maman.
Mes parents vivaient du coprah et de la cueillette des fruits du noni, un arbuste aux vertus thérapeutiques.
Je ne sais pas ce qui s’est passé ; ils se sont quittés.
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Papa et moi sommes revenus à Ùa Huna, chez grand-père Pekatini.
Quelques mois plus tard, mon père me laissa à la charge de grand père et partit pour Tahiti. Il avait trouvé du travail sur un thonier.
Je demeurai donc à Ùa Huna.
Chez grand-père vivaient ma tante, son mari et leurs deux enfants, une fille et un garçon.
J’étais l’aîné des trois, donc responsable de tout ce qui concernait les enfants.
Après le départ des poulains, nous partageâmes le repas dominical. Nous profitâmes du kaakū chaud avec le fameux poisson cru « mitō ».
Puis j’aidais ma tante à laver la vaisselle et ranger la cuisine.
Je suivis ensuite grand-père à l’atelier.
« Tu ne vas pas à la mer ? »
« Non, je reste avec toi, kooua. »
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« Ah, tu veux apprendre à sculpter ? » insinua-t-il.
Il sculptait surtout la pierre. Lorsqu’il trouvait une pierre convenable, il taillait un pilon ou un tiki pour les vendre aux touristes de passage.
« Kooua, donne-moi le poulain gris, s’il te plaît, donne-moi Èhu ! »
« Et l’étalon noir de ton père ? »
« Il est trop sauvage, c’est Èhu que je veux ! »
« Il est trop jeune, il tète encore sa mère. »
Je n’arrêtais plus de quémander.
Il finit par céder un jour et dit :
« On va attraper la jument, le petit suivra sa mère. »
« Quand ? »
« Pendant les vacances de juillet. »
J’étais aux anges. Grand-père tenait toujours parole. Je pouvais lui faire confiance.
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Le trimestre se termina et le maître distribua les bulletins scolaires.
« Peikuà, tu vas rester avec nous à la rentrée prochaine » dit-il d’une voix devenue douce ce jour-là.
Je compris ce que cela signifiait.
J’allais redoubler, mais surtout, je n’aurais pas à partir au collège de Taiohaè, à Nuku Hiva, loin de Èhu.
Je réfléchissais. Ma mère avait quitté Nuku Hiva ; j’allais sûrement vivre en internat à Taiohaè.
Que va devenir Èhu ?
J’étais soulagé à l’idée de rester encore à Ùa Huna.
C’était, bien entendu, une pensée immature.
Un ami d’oncle Teani téléphona de Hiva Òa pour commander deux chevaux.
Il avait une activité de randonnée équestre.
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Les adultes s’organisèrent pour attraper les deux chevaux. En plus des deux à vendre, quelques autres devaient être marqués au fer chaud. C’était aussi l’occasion de récupérer la jument blanche et le petit Èhu.
Pendant les préparatifs, ce lundi-là, tante Teìa arriva toute essoufflée, et dit :
« J’ai une nouvelle bizarre à vous annoncer. »
Elle était secrétaire de mairie à Vaipaee. Grand-père lui coupa la parole :
« Teìa, combien de fois t’ai-je dit d’être discrète dans ton travail et de ne pas rapporter ce qui se passe ? »
« C’est une nouvelle que tout le monde doit savoir », répondit-elle.
« Raconte-nous alors », ajouta son mari.
« Ça concerne les chèvres et les chevaux de l’île. »
Ce matin-là, le maire avait reçu une lettre officielle du ministre de l’Environnement, à Tahiti.
Je vous résume la lettre : le ministre avait écrit :
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« Selon les experts scientifiques, les chevaux et les chèvres sont responsables de la sécheresse qui sévit sur votre île.
Ils piétinent et fragilisent les sols.
Peu à peu, les plantes endémiques disparaîtront.
Monsieur le Maire, préparez votre population : il faut diminuer le nombre de chèvres et de chevaux qui divaguent sur l’île.
Une équipe viendra vous conseiller sur la démarche à suivre… »
« On va fusiller les chevaux depuis un hélicoptère, comme en Amérique », lança oncle Teani.
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« On va commencer par éliminer les chèvres », murmura un travailleur de grand-père.
« Taisez-vous donc ! » gronda grand-père. « Ne dites pas n’importe quoi ! »
Tout se mélangeait dans nos têtes. On imaginait le pire.
Je pensais à Èhu et craignais pour son avenir. Je me précipitai vers grand-père :
« Kooua, allons chercher Èhu, vite, il est en danger ! »
J’avais vu auparavant un reportage à la télévision de Tahiti montrant l’abattage de chevaux sauvages en Amérique depuis des hélicoptères.
« Ne pleure pas, Peikuà. Personne ne viendra tuer un cheval ici », dit grand-père.
Teani s’adressa aux autres :
« Rassemblons-les et mettons-les dans les enclos. »
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Grand-père répliqua d’une voix ferme :
« On fait notre travail comme prévu et on reste calme. »
Inquiets, nous parlâmes peu ce soir-là à table. Seul grand-père demeurait serein.
Dès l’aube, nous nous levâmes : petit café rapide, quelques provisions, puis nous partîmes vers les hauteurs de l’île où gambadaient les chevaux.
Nous devions attraper les deux à vendre, Èhu et sa mère, et marquer ceux qui ne l’étaient pas encore.
Ils nous entendirent de loin et s’enfuirent, se dispersant vers les sommets ou vers la côte.
Nous attrapâmes au lasso un jeune étalon, puis une jument ; quelques bêtes furent marqués du symbole familial.
Mais aucune trace de Èhu, ni de sa mère.
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Je les cherchais partout. Èhu et Metani restaient introuvables.
« On reviendra les chercher », dit grand-père. « Rentrons, mon garçon. »
Il remarqua mon regard triste.
J’eus beaucoup de mal à trouver le sommeil cette nuit-là.
Grand-père m’entendit me retourner sans cesse et dit :
« Ne t’inquiète pas, le poulain est avec sa maman. Ils sont en sécurité dans la brousse. »
Je voulais retourner les chercher dès le lendemain, mais il fallait préparer les chevaux à vendre.
Grand-père et Teani allaient m’apprendre à en dresser.
Nous devions être prêt pour le prochain passage de la goélette Taporo.
La nouvelle de deux juments et leurs poulains réfugiés sur le plateau de Vaikivi s’était répandue.
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Une partie de la harde s’était mise à l’abri sous les grands banians.
Les fuyards du littoral entendirent le bruit des branchages secs.
Vaikivi est connu un lieu verdoyant où poussent des arbres indigènes.
De nombreux oiseaux y vivent, dont le « Pīhiti » : le célèbre lori bleu de Ùa Huna.
C’est un espace naturel protégé pour sa biodiversité et la richesse de son patrimoine archéologique.
Les ancêtres y ont construit des plates-formes de pierres, gravé des pétroglyphes et taillé des tiki, témoignages d’un passé où les hommes étaient plus nombreux.
Les juments quittèrent Vaikivi pour Vainaonao, puis Vaiùmete, vallées fertiles à l’herbe abondante.
Elles semblaient deviner qu’on les recherchait.
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Les experts missionnés par le ministère arrivèrent par hélicoptère depuis l’aéroport de Terre Déserte., à Nuku Hiva.
Toute la communauté se rassembla, prête à s’opposer à toute décision imposée par le gouvernement de Tahiti.
Il aurait fallu discuter en amont avec la population et la commune pour trouver un consensus.
La réunion eut lieu à Vaipaee. L’administrateur territorial accompagna les scientifiques.
J’observais les adultes. Beaucoup de paroles furent prononcées.
La seule chose que je retins, c’est qu’on n’allait pas tuer les chevaux.
Je rentrai à pied, soulagé. Ouf ! Èhu était sauvé.
Finalement, la commune, les éleveurs et le ministère rediscutèrent d’un projet commun de contrôle des animaux vivant en liberté à Ùa Huna.
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Pape nous téléphona pour des nouvelles. Il demanda de la viande de chèvre. Il évoqua la possibilité de le rejoindre à Tahiti et d’y poursuivre ma scolarité.
Grand-père le dissuada :
« Qui prendra soin de lui quand tu seras en mer lors des campagnes de pêche ? » La discussion à ce sujet fut close.
Oncle Teani décida d’aller chasser pour son cousin.
À chaque goélette, il expédiait les produits de la chasse et de la pêche à Tahiti.
C’était son principal gagne-pain.
Nous prévîmes de capturer Èhu et sa mère dès le début des grandes vacances.
Quelqu’un les a aperçus au site de Tetumu, face à l’aéroport. Nous nous préparâmes pour y aller.
Ils s’enfuirent à notre approche.
On les poursuivit jusqu’à ce qu’une corde tombât autour du cou de la jument blanche.
Elle se débattit en vain. Kooua tira la corde pour la conduire jusqu’à la maison.
Èhu ne sut que suivre sa mère, malgré sa méfiance.
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Èhu se retourna et vit Metani de loin le suivre, les deux amis étaient résignés.
Èhu était tiraillé entre son ami et sa mère.
Je ressentais leur peine d’être séparés.
Nous mîmes Èhu et sa mère dans un enclos où j’avais disposé de l’eau et de l’herbe fraîche.
La jument se cabrait et hennissait de rage.
J’apportai une banane à Èhu. Il ne mangea rien ce soir-là.
Je me souvenais de la séparation de mes parents et du départ de mon père pour Tahiti.
Je me sentais, alors, piégé et abandonné.
L’idée fugace de les libérer me traversa l’esprit.
Kooua s’approcha et dit :
« Sois brave. Être éleveur de chevaux, c’est difficile. »
Je compris plus tard que les éleveurs ne peuvent se laisser dominer par leurs émotions.
La jument rétive se laissa peu à peu apprivoiser, ainsi que son merveilleux poulain.
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Èhu s’habitua progressivement à la présence humaine. J’en prenais soin chaque jour.
La jument attendit un autre petit et, à la naissance du nouveau poulain, on la sépara de Èhu.
En grandissant, je remarquai que la robe de Èhu s’éclaircissait.
Kooua m’expliqua que cette race naît foncée et blanchit avec l’âge.
Il vieillit comme nous, les humains.
J’entrai au Centre des Jeunes Adolescents, le CJA, une formation mixte où l’on enseignait les matières générales et les activités professionnelles, comme la sculpture, les métiers de la terre et tout ce qu’il fallait pour vivre dans nos îles.
Èhu, adulte, je réussis à le monter sans difficulté.
Nos balades étaient sans limite : galops sur les chemins, parties de chasse avec oncle Teani, baignades ...
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Nous aidions aussi à transporter les sacs de coprah de grand-père.
Èhu aimait les bains de mer. J’étais si fier sur son dos.
Mon temps au CJA se termina. Je devais me rendre à Taiohaè pour poursuivre ma formation.
Je refusais d’y aller. Je n’avais pas besoin de diplôme pour élever des chevaux ou planter des arbres fruitiers.
Grand-père et oncle Teani insistèrent, me promettant de prendre soin de Èhu.
Durant mon absence, il devint difficile et fuyant.
Teani finit par garder Èhu chez lui, à Hane.
Mon oncle était un cavalier reconnu. Il gagnait les courses sur la plage lors des fêtes de juillet.
Il tenta d’entraîner Èhu, sans succès.
À chaque vacance, je revenais passer du temps avec lui et grand père.
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J’obtins quelques diplômes : le brevet, un certificat, puis un brevet professionnel en agriculture des régions chaudes.
Papa me proposa d’aller travailler à Tahiti. J’acceptai d’aller voir.
L’entreprise où il travaillait me proposa un emploi dans le traitement du poisson frais.
J’observai, puis pris la décision de retourner à Ùa Huna.
J’expliquai à mon père que je ne pouvais pas laisser grand-père Pekatini, sans évoquer mon cheval.
Il comprit finalement ma décision et dit :
« C’est ton choix, mon fils. C’est bien de penser à ton grand-père, alors que moi, son fils, je suis parti sans me retourner. Occupe-toi aussi de nos affaires familiales. »
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Je n’envisageais pas la vie à Tahiti.
Trop de monde, trop de bruit, trop de voitures, trop d’odeurs de pollution, trop de magasins ...
Pas pour moi.
Je revins à Ùa Huna. Il y avait tant à faire. D’autant plus que kooua vieillissait.
L’année suivante, l’aéroport chercha un employé. Grâce à mes diplômes, je fus embauché.
J’y allais avec Èhu, bien entendu.
Jour après jour, grand-père s’affaiblissait.
Ses mains tremblaient.
Èhu blanchissait, et j’évitais de trop le charger.
Je continuai d’élever les chevaux avec oncle Teani.
Aujourd’hui, je suis marié et père d’une petite fille à qui je transmets l’amour des chevaux.
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Je ne me suis pas exilé ailleurs.
Je ne désire aucune autre vie, ni mieux payée, ni plus prestigieuse.
Quand je termine à l’aéroport, je me dépêche de rentrer en voiture, car je ne monte plus sur Èhu.
Je sais que m’attendent à la maison mes deux « tout blancs ».
Que ferai-je quand ils ne seront plus là ?
Je profite de chaque instant en leur compagnie.
Grand-père est parti le premier, puis Èhu, quelques mois plus tard.
Ils continuent de vivre au plus profond de mon être.
Ils sont présents dans les vallons humides et sur les reliefs rougeâtres et secs de Ùa Huna, la terre des chevaux.
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